
C’est dans une salle sombre, au troisième étage d’une boîte de nuit fréquentée du quartier RedQ, que Zem Sparak passe la plupart de ses nuits. Là, grâce aux visions que lui procure la technologie Okios, aussi addictive que l’opium, il peut enfin retrouver l’Athènes de sa jeunesse. Mais il y a bien longtemps que son pays n’existe plus. Désormais expatrié, Zem n’est plus qu’un vulgaire « chien », un policier déclassé fouillant la zone 3 de Magnapole sous les pluies acides et la chaleur écrasante.
Un matin, dans ce quartier abandonné à sa misère, un corps retrouvé ouvert le long du sternum va rompre le renoncement dans lequel Zem s’est depuis longtemps retranché. Placé sous la tutelle d’une ambitieuse inspectrice de la zone 2, il se lance dans une longue investigation. Quelque part, il le sait, une vérité subsiste. Mais partout, chez GoldTex, puissant consortium qui assujettit les pays en faillite, règnent le cynisme et la violence. Pourtant, bien avant que tout ne meure, Zem a connu en Grèce l’urgence de la révolte et l’espérance d’un avenir sans compromis. Il a aimé. Et trahi.
Sous les ciels en furie d’une mégalopole privatisée, « Chien 51 » se fait l’écho de notre monde inquiétant, à la fois menaçant et menacé. Mais ce roman abrite aussi le souvenir ardent de ce qui fut, à transmettre pour demain, comme un dernier rempart à notre postmodernité.
Prix des écrivains du Sud 2022
Tous les ingrédients sont là pour dépeindre un roman à l’atmosphère dure, sombre, déprimée :
Des personnages profonds, meurtris, cassés, qui malgré leurs petites victoires, avancent dans le brouillard, se perdent, gagnent une once d’espoir, souffrent et doutent ; des classes sociales très marquées, infranchissables, qui font rêver les plus défavorisés, mais qui ne rendent personne heureux ; des meurtres, des trahisons, des mensonges en récompense, des remords, des vengeances, une lutte de pouvoir sans pitié.
Cette œuvre, qui se déroule dans un décor futuriste à la fois pourri et morose, tient plus du polar que de la science-fiction. On nage en pleine dystopie, mais qui sonne plus comme un prétexte, car les relations humaines, aussi tumultueuses et violentes soient-elles, restent le cœur de l’intrigue. Au fond, c’est l’histoire intemporelle de l’oppresseur et des oppressés. Mais que celle-ci est bien construite et imaginée !
Malgré tout ce pessimisme ambiant, une fois lancé dans la lecture, je n’ai pas pu m’en défaire. C’est la marque, de mon point de vue, des très bons romans.