
Une cité de phares noyée par des marées d’asphalte où la lumière est un langage. Une ville saturée de capteurs qui dématérialise les enfants qui la traversent. Un monde où la totalité du lexique a été privatisée. Un amant qui marche sur sa mémoire comme dans une rue.
En dix nouvelles ciselées dans une langue poétique et neuve, Alain Damasio donne corps à cet enjeu crucial : libérer la vie partout là où on la délave, la technicise ou l’emprisonne. Redonner aux trajectoires humaines le sens de l’écart et du lien. Face aux hydres gestionnaires qui lyophilisent nos cœurs, l’imaginaire de Damasio subvertit, perfore les normes et laisse à désirer. C’est un appel d’air précieux dans un présent suturé qui sature.
Paradoxalement, bien que j’adore écrire des nouvelles, je ne suis pas aussi fan de ce genre en tant que lecteur. Pourtant ce recueil de nouvelles m’a emballé. Chacune déborde d’imagination, de poésie, d’émotion, d’engagement. Ayant lu Les Furtifs avant ce recueil, on ne peut s’empêcher d’y voir les prémices du roman en devenir.
Mes préférés ? Difficile à dire, elles ont toutes leur qualité. Bien aimé Les Hybres et cet artiste chasseur, mais s’il faut absolument en désigner une, je dirais El Levir et le Livre, tellement visuelle, transcendante, lyrique.
D’accord, c’est du pur style Damasio, une liberté grammaticale et typographique unique, parfois difficile à lire, mais au combien gratifiant quand on passe l’obstacle.