
Sur Erda-Rann, planète où la mer a sa volonté propre et, sous le nom de Loumka, fait figure d’inconscient collectif, il y a plusieurs façons d’être intouchable. Être un Gurde, par exemple, un natif du désert au corps couvert d’écailles. Et rencontrer un Yrvène, habitant des eaux à la muqueuse pigmentée. Car la guerre entre les races a beau être finie, la Loi d’Instinct interdit tout contact.
Devenir transvers alors ? S’exposer à l’opprobre universel en favorisant, au fil de nouvelles rencontres, l’osmose entre écailles et pigments ? C’est alors risquer une autre façon d’être intouchable : tomber malade, donner voie aux pulsions de mort que l’on se cache à soi-même, mais qui n’échappent pas à la Loumka…
Dans un monde où la lumière vient du passé, qui sommes-nous pour décider de ce qui est possible, et de ce qui ne l’est pas ?
Grand Prix de l’imaginaire – Roman Francophone – 1991
Je me méfie souvent des prix des romans, mais en voici un qui mérite largement le Grand Prix de la science-fiction française reçu en 1991.
Sur une planète semblable à la Terre, vivent deux races d’humains qui ont évolué chacun de leur côté, dans leur élément, l’une avec la mer, les Yrvènes, l’autre avec la terre, les Gurdes.
Après la guerre qui a déchiré les deux peuples, la paix est revenue, fragile, avec ses lois arbitraires, plus ou moins inspirées par la Loumka, cette mer vivante et mouvante qui fait office de conscience planétaire. Les deux races n’ont pas le droit de se toucher, sous peine de sanction pénale.
Des Yrvènes et des Gurdes, à l’esprit plus large, se rebellent et transgressent cette loi naturelle. Ils se réunissent dans des villes-refuges, n’hésitent pas à se faire incruster des implants de l’autre race et, bien que leur union s’avère stérile, de se mettre en couple avec un partenaire de race opposée. Ils deviennent des transvers, versent dans la débauche, l’excès, le scandale.
La punition « divine » ne tarde pas à tomber : une maladie mortelle, l’épidermie, qui ne touche que les transvers. C’est la fin de l’orgie contre nature.
Ce roman est une sorte de conte qui rappelle évidemment l’épidémie du Sida, mais pas seulement. Il y a une véritable inventivité dans l’intrigue, dans la montée des transvers, dans leur tragédie, dans l’émotion, les personnages superbes et poignants, leurs métiers, leur art, et aussi dans l’espoir final qui renaît des cendres…
L’écriture est sublime, subtile. Une poésie se dégage, à la fois créative et récréative. Elle porte de façon magnifique le meilleur comme le pire, l’amour aussi bien que la mort.
Ce livre m’a mis le frisson, m’a tiré quelques larmes. J’ai aimé. Que dire de plus ?