
Médecin à Genève, vie tranquille, que pouvait-il craindre ? Deux limousines, un coup de frein, des portières qui claquent, un pistolet-mitrailleur, deux beignes, une cagoule et des jours dans une cave sous perfusion et somnifères… Un kidnapping. À son réveil, il se retrouve quelque part dans un village africain. Un commando humanitaire lui en confie la responsabilité. Sécheresse, famine, terrorisme : dans une Afrique qui se meurt, c’est en cherchant le sens du mot justice qu’il trouvera celui de sa vie.
D’abord, il y avait un monde découpé en trois zones : les pays industrialisés, riches, les pays en voie de développement, pauvres, et le tiers monde, indigent. Les uns avaient salopé la planète pour conquérir l’opulence, les autres avaient tenté de les imiter, les derniers cherchaient seulement à bouffer.
Tu es bourré de principes mais aucun d’eux n’est fichu de changer quoi que ce soit au désert, à la faim et au palu. Avec tes conneries moralistes tout le monde crève, mais tu t’en fous : l’essentiel c’est de préserver ta conscience, or ta conscience s’arrête au bout de ton nez.
Grand Prix de l’imaginaire – Roman Francophone – 1993
Il y a longtemps qu’un livre d’anticipation n’avait fait vibrer ma fibre humanitaire à ce point. Assurément, il mérite son Grand Prix de l’Imaginaire 1993.
L’Interne, surnom du médecin enlevé par une organisation humanitaire aux méthodes plus ou moins terroristes, va finir par s’attacher à ses ravisseurs et leur cause, par se compromettre et défendre ces Africains qui subissent le joug économique et politique des nations européennes et qui sont les oubliés du progrès. Tandis que certains convoitent Mars et sa terraformation, d’autres meurent de faim et de soif à cause d’une sécheresse interminable.
L’auteur a su jouer sur le contraste des conditions humaines pour distiller son message, pour appuyer là où ça fait mal. Il a su animer des personnages authentiques, avec leurs imperfections, leurs douleurs, leurs colères, leurs espoirs, leurs grandeurs, pour nous immerger dans la vie de ce héros malgré lui qui va réussir à apporter une part majeure à cet édifice utopiste qu’est la transformation du désert en oasis.
Un roman qui bouscule, qui ouvre les yeux, qui dénonce.
J’ai adoré, tout simplement.