Si ceux qui veulent nous intimer le silence sont furieux contre nous, ce n’est pas pour nos crimes, mais parce que nous leur avons fait le plus terrible des affronts. Nous avons survécu.
Elles sont 254, alignées sur les bancs des prévenues d’un procès extraordinaire.
Des femmes de tous âges, de tous milieux, accusées d’avoir commis le pire au cours du Désastre.
Parmi elles, il y a Lisenn Delors. Jamais on ne la soupçonnerait du moindre crime. Et c’est peut-être cela qu’on lui reproche le plus.
Pour la défendre, Rym Kettani, son avocate, replonge dans ses souvenirs de cette période sombre.
Elle aussi y a survécu, mais le monde d’après semble encore pire.
Dans ce roman aux personnages profondément humains, Claudie O. Wetterwald nous confronte à nos propres dilemmes. Elle décrit avec finesse la fragilité d’une société quand survient le chaos et envoûte son lecteur jusqu’au mot fin.
Claudie O. Wetterwald, née en 1988, est une autrice française vivant dans la région de Bourgoin-Jallieu, en Isère. Passionnée d'écriture depuis l'enfance, elle a d'abord fait des études dans le domaine de l'édition, avant de travailler comme rédactrice, documentaliste puis chargée de communication, tout en écrivant pour elle-même sans chercher à publier.
Sa carrière littéraire décolle en 2022 lorsqu'elle remporte, peu après la naissance de son premier enfant, le premier concours d'écriture des Éditions du Gros Caillou. Son manuscrit devient La Fille d'encre et de lumière (2023), un thriller psychologique vendu à plus de 10 000 exemplaires.
J’ai rencontré Claudie O. Wetterwald lors de la fête du livre à Saint-Étienne. Sur sa dédicace, je peux lire : « Et vous, qu’auriez-vous fait pour survivre au Désastre ? »
Maintenant que j’ai lu son livre, la réponse ne me paraît toujours pas évidente. On a beau avoir les meilleures intentions du monde, vouloir protéger ses proches, partager, aider les autres, quand le chaos s’en mêle, l’instinct de survie prend le dessus. Comment réagirais-je en cas de coupure de courant totale et définitive sans visibilité sur l’avenir ? En cas de manque de nourriture ? En cas de maladie ? En cas d’insécurité manifeste ? Ferais-je face à l’adversité ou ferais-je dans mon froc ? Serais-je empathique ou cruel ? Serais-je charitable ou égoïste ? Difficile à dire tant qu’on ne l’a pas vécu, pour de vrai.
En tout cas, s’il ne donne pas de réponse, ce roman permet de s’interroger. Et de se préparer ?
J’ai été tenu par l’intrigue du début à la fin, agréablement piégé par la construction non linéaire du récit et sa narration subtile. Elle surprend, elle dérange, elle interroge, elle nous tire une larme parfois. J’ai beaucoup aimé cette écriture fluide qui raconte le pire sans être crue, qui enrobe les maux dans des non-dits évidents. C’est à la fois simple, efficace et puissant.
Même si, je l’avoue en tant que fan de SF, j’aurai voulu en savoir un peu plus sur le pourquoi et le comment du Désastre, j’ai apprécié cette dystopie post-apocalyptique avec ce procès en forme de show public et cette justice à géométrie variable qui se rend par vote sur les réseaux sociaux.
Les personnages sont très réussis, attachants, crédibles. Leurs qualités et leurs défauts sont une richesse dans l’histoire. Lisenn est une sainte malgré ses crimes et Sam, son mari aimant, est poussé malgré lui au bout de l’horreur. Les deux belles-filles, adolescentes et déboussolées, et que je n’ai pas arrêté de confondre, sont divinement odieuses. Rym, l’avocate, s’avère d’une écoute admirable.
Ce roman aux valeurs féministes, qui prône la liberté de disposer de son corps, est une réussite.
Merci, Claudie, pour votre sympathie et votre écriture. Je ne regrette pas ma lecture. Elle m’a marqué et restera longtemps en mémoire.