
Depuis un demi-siècle, les connaisseurs de G. Le Rouge tiennent Le prisonnier de la planète Mars (et sa suite, La guerre des Vampires) pour son chef-d’oeuvre. C’est peut-être aussi le plus bizarre de tous les romans inspirés par la planète rouge. Grâce à l’énergie psychique dégagée par plusieurs milliers de fakirs rassemblés dans un monastère de l’Inde, Robert Darvel est projeté sur Mars. Il y découvre une vérité interplanétaire: la race la plus civilisée est la plus cruelle. Sur cette planète hallucinée, où la vie est un cauchemar à peine interrompu par le jour, les humains servent de cheptel à leurs maîtres, les vampires. Lesquels rendent le même service aux plus raffinés et aristocratiques d’entre eux: des pieuvres volantes, géniales et invisibles. Mais les Invisibles eux -mêmes tremblent devant le mystère caché par la montagne de cristal. Un mystère que Robert Darvel a bien l’intention de découvrir…
Vous m’initierez à la chimie, à la médecine, à la mécanique ; moi, aux secrets de la psychologie et de la philosophie. Notre labeur commun doit enfanter des merveilles. Nous devons être le chaînon mystérieux qui unira la science perdue de l’univers antique à la science vigoureuse, mais brutale et folle, du jeune univers.
On extermine sans pitié les volatiles, grands et petits. Partout où le chemin de fer et la lumière électrique pénètrent, c’est un massacre. Et les oiseaux migrateurs, les cygnes, les canards sauvages, les albatros mêmes, ne sont pas épargnés. Savez-vous qu’à certaines saisons, les gardiens de phare trouvent au pied de leur tour de granit des centaines d’oiseaux qui, fascinés par la lueur de ces foyers puissants, visibles jusqu’à cinquante milles au large, sont venus se briser le crâne contre l’épais cristal des lanternes.
Ce roman m’a laissé un sentiment très contrasté. D’un côté, j’ai adoré la façon dont a été préparé et exécuté le voyage jusqu’à la planète Mars. Le procédé « télépatho-physique » utilisé est somme toute des plus farfelus, mais tellement plaisant à lire. La chute aussi est très intelligemment amenée. Le côté qui m’a déçu, c’est la vie qu’a mené et rencontré l’ingénieur Robert Darvel sur la planète rouge, ce côté pleinement inspiré des conquêtes coloniales en terre sauvage où l’homme civilisé dispense son savoir technologique à une race qu’il croit primitive. En fait, la Mars de Gustave Le Rouge est bien trop humaine et ressemble beaucoup trop à la Terre pour convaincre. On se serait attendu à plus de fantaisie chez les Martiens. Circonstance atténuante, le livre a été écrit il y a plus de cent ans. Mars n’était alors qu’un disque rougeâtre encore bien flou.