
Paris, 1960 : une métropole splendide, étincelante d’électricité, reliée à la mer par un gigantesque canal, sillonnée d’autos et de métros silencieux… Tel est le monde fascinant qu’ont forgé, conjuguant leurs efforts, la Finance et la Technique. Pourtant, cet avenir radieux a son envers. Seuls quelques marginaux, méprisés, bientôt vaincus par la misère et la faim, persistent dans le culte de l’Art et de la Poésie, tandis qu’un état omniprésent organise la distribution du savoir scientifique…
Composé avant les « Voyages extraordinaires », refusé par l’éditeur Hetzel, ce roman aura attendu cent trente ans avant de revoir le jour. Surprenant par la pertinence de son information scientifique, il vaut aussi et surtout par l’acuité de son analyse des intrications de l’économie, de la technique et de la politique. Une vision ambiguë qui fait justice de l’image d’un Jules Verne chantre béat du Progrès. Et d’abord un roman prenant, coloré, où le grandiose se teinte volontiers d’un humour des plus sombres…
Les ambiances moroses et sombres ne sont pas courantes dans les œuvres de Jules Verne, mais cet aspect ne m’a pas déplu. Malgré son côté désuet, il est fascinant de découvrir ce que le précurseur de la littérature d’anticipation avait imaginé pour notre passé proche. En plus des avertissements de l’éditeur, nous pouvons bien sûr témoigner de ses erreurs, et c’est facile avec le recul, mais l’ensemble reste logique et cohérent.
En revanche, je n’ai pas été convaincu par le côté « c’était mieux avant » du roman. L’auteur fait l’apologie des artistes du XIXe siècle, là où j’aurais peut-être espéré plus d’inventivité.
Une expérience intéressante, en tout cas, et incontournable pour appréhender l’œuvre complète de Jules Verne.